Ile de beauté : l'histoire se corse

Ile de beautéA l’image de son terroir, l’histoire de l’Ile de Beauté est d’une richesse et d’une diversité non négligeable. Même si celle ci fut loin d’être un long fleuve tranquille, tant les affrontements et autre belligérances furent légion, elle mérite amplement qu’on y jette un coup d’œil attentif.

Bien que les activités humaines sur l’Ile remontent à très longtemps avant Jésus Christ, notre petit périple historique commence à partir de la création d’Alalia, en 565 avant JC par les Phocéens, à qui nous devons aussi la création de Marseille. Alors que le pays sort de quelques rencontres musclés avec les Ibères, Ligueres et autre Phéniciens, la construction de la première véritable plate forme commerciale ne tardera pas à attiser d’autres convoitises. Mais ce seront les Romains, menés par Cornélius Scipion, qui viendront rafler tout le magot en 249 avant JC. Prenant possession des lieux, ils donnèrent le nom de Corsica à l’ile et troquèrent le nom d’Alalia pour celui d’Aléria. Cette dernière sous l’égide des Romains connaîtra un essor relatif et les nouveaux possesseurs de la Corsica en profiteront pour y installer des thermes.

La suite ne sera qu’une série d’invasions diverses et variés, voyant à tour de rôle débarquer Vandales, Ostrogoths et autres Byzantins dans une valse incessante d’envahisseurs de tout bords.

Il faudra attendre 1553 pour que la France vienne à son tour jouer les troubles fêtes sur l’Ile. Son premier passage sera cependant de courte durée et elle devra rendre les clés à Gênes, qui occupe les lieux depuis 1284. Les Génois ne seront pas tranquilles pendant longtemps car le pays connaitra un nouveau soulèvement mené par Sampiéro Corso. Même si Gênes reprit rapidement les choses en mains, la Corse n’en demeure pas moins meurtrie et exsangue.

En 1729, une nouvelle page commence à se tourner, de la manière la moins calme possible cependant. Une véritable révolution viendra semer le trouble dans la vie da région et quatre insurrections plus tard, Gênes jette définitivement l’éponge et l’Ile de Beauté acquiert enfin un semblant d’indépendance en 1755, avec à sa tête Pascal Paoli, considéré par beaucoup comme étant le père de la patrie Corse. Toute bonne chose ayant une fin, l’indépendance ne durera qu’un temps et en 1789, après que Gênes ait signé le traité de Versailles, cédant ainsi la Corse moyennant finance, l’Ile est officiellement intégrée à l’Hexagone.

Alors que tout semblait revenir au calme, un personnage allait naître tout juste un an après la signature du traité de Versailles, un certain Napoléon Bonaparte. Après avoir vécu jusqu’à ses neuf ans à Ajaccio, il part pour le continent pour poursuivre ses études à Brennes avant d’intégrer l’école militaire de Paris à 14 ans.

Bonaparte et PaoliFraîchement promu lieutenant d’artillerie, il rêve en secret d’une carrière politique dans sa Corse natale, projet qui prend de l’ampleur chez lui après la révolution française. Pascal Paoli voit d’un très mauvais œil l’arrivé de Napoléon et l’animosité dégénérera par la suite en farouche rivalité. Ce dernier tentera entre autre de prendre Ajaccio par la force mais sera repoussé à deux reprises.

Acceptant de bonne guerre ces déconvenues, il repart en France pour assouvir sa soif de mégalomanie. S’auto proclamant empereur en 1804, il part dans une vaste conquête de l’Europe où s’accumuleront les batailles à l’issue pas forcément positive. Sa campagne désastreuse en Russie mettra un terme brutal à ses envies de conquêtes et alors que les Russes vindicatifs sont aux portes de Paris, il abdique et renonce à la totalité de ses pouvoirs. Son retour en France un an plus tard ne sera qu’un feu de paille et après la sévère déconvenue de Waterloo l’ancien empereur abandonne définitivement la partie. Il s’éteindra sur l’île de Saint Hélène où il se remémorera non sans une certaine mélancolie sa Corse si lointaine pour qui il avait tant de belles ambitions.

On serait cependant de mauvaise foi si nous ne parlions pas de l’énorme travail qu’à fait Napoléon pour la France, notamment au travers des très nombreuses réformes et institutions qu’il a mis sur pied pour reconstruire le pays après la révolution.

A l’image de Napoléon, on retrouve chez les Corses une sorte de ténacité et fierté qui semble couler dans les veines de tout un chacun. Marqué par des siècles d’invasions en tout genre, le pays a su garder le meilleur de toutes ces épreuves, un héritage culturel non négligeable mais surtout un sentiment d’appartenance inébranlable qui, au delà du sempiternel cliché du Corse ultra nationaliste, démontre l’abnégation d’un peuple qui en a vu de toutes les couleurs tout au long de son histoire !

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David VEERASAWMY