Les Moches... le peuple "oublié" du Pérou

Les MochesQuand on la chance, ou la malchance, de côtoyer dans l’histoire de son pays un peuple aussi prestigieux que les Incas, difficile de tenir la dragée haute dans les livres d’histoire. Et pourtant, ces outsiders que sont les Moches n’ont pas vraiment à rougir au vu de leur riche passé et des superbes vestiges qui subsistent encore.

Cette peuplade, aussi appelé Mochica, serait selon la légende originaire de Colombie et aurait débarquée au Pérou en radeau. S’installant sur le littoral nord du pays aux alentours de l’an 100 avant Jésus Christ, avec une période particulièrement faste au 3ème siècle de notre ère, les Moches auraient ainsi perduré jusqu’au 6eme siècle. L’économie du peuple se basait entre autre sur un système d’échange avec les villages avoisinants les grandes cités. Les biens les plus précieux étaient redistribués aux chefs dédits villages, histoire de garder un certain contrôle sur les terres environnantes.

Parmi les diverses denrées que leur fournissait la terre, on retrouvait bon nombre de plantations d’haricots, avocats et autre piments et à côté de cela, la domestication de certains animaux tels le cochon d’Inde avait fait son apparition. Cette opulence en terme d’agriculture était largement due à l’ingéniosité de la peuplade qui avait réussi à mettre en place un système d’irrigation qui arrivait sans peine à supporter les pires affres des sécheresses qui étaient légions dans cette région.

L’adresse des Moches ne s’arrêtait pas là et les vestiges de leurs somptueuses pyramides témoignent de leurs fabuleux talents de bâtisseurs. Nommé «huacas », ces pyramides étaient le centre névralgique de la cité, servant à la fois de palais, de centre administratif et de lieu de culte. Le peuple lui même vivait autour de ce pôle. Parmi les plus célèbres, la Huaca de la Luna, qui était à forte vocation funéraire tandis que la Huaca del Sol se tournait plus vers le commerce. Pour information, cette dernière, avec ses 40 mètres de hauteur et 340m de longueur constituait la plus grande construction préhispanique en Amérique du Sud.

Non content d’être des architectes de génie, les Moches se sont aussi distingués dans l’art de la métallurgie et surtout de la céramique. On retrouvait nombres d’éléments sur celles-ci, animaux, personnages et même scènes de tous les jours. Certains, plus précieux que d’autres ont même été retrouvés aux cotés de cadavres, histoire d’accompagner ces derniers dans l’au-delà.

Encore plus fort que la céramique, les Moches excellaient aussi dans l’art de la poterie. Aucune thématique particulière mais un large panel d’événements ou de personnages apparaissaient sur ces poteries, allant de la figure mythologique aux hautes instances de la société.

Qu’on ne se méprenne pas cependant sur les Moches car s’ils étaient des architectes et sculpteurs émérites, ils étaient loin d’être des enfants de chœur. Les duels étaient monnaie courante chez eux et le vaincu finissait la plupart du temps en victime de sacrifice. Les sculpteurs Moches ont d’ailleurs retranscrit non sans un sens aigu du détail ces violents combats sur certaines céramiques, transformant en quelque sorte ces œuvres d’art en comptes rendus ultra graphiques de ces violentes empoignades.

Le sang occupait ainsi une place fondamentale dans la société Moche, celui-ci étant pour eux le symbole absolu de la régénérescence ainsi qu’un lieu avec les divinités. Ces derniers se faisaient par ailleurs souvent offrir des jeunes filles en sacrifices, notamment lors des périodes ou les récoltes faisaient grises mines.

Riche tout en étant relativement complexe, le peuple Moche fascine autant qu’il intrique. Même s’il n’a pas réussi à marquer de manière concrète l’inconscient collectif, il serait dommage de passer à côté de ce peuple qui a sans doute encore bien des secrets à nous dévoiler.

David VEERASAWMY