Les chants polyphoniques au choeur de la vie corse

Chants polyphoniques corsesSi vous vous baladez en Corse et que vous tendez attentivement l’oreille, vous risquez non pas d’entendre le vent ou les oiseaux mais de belles mélodies tantôt festives tantôt tristes. En effet, les chants ont su se faire une belle place dans la vie des iliens pour le plus grand plaisir de nos oreilles.

Trouver les origines des premiers chants serait une tache ardue, tant ceux-ci semblent avoir toujours fait partie de la vie locale. L’oralité a toujours fait bon ménage chez les Corses, et ce n’est pas le nombre de chants différents qui viendront nous dire le contraire.

Certains hélas n’ont pas subsistés aux affres du temps. Les « nanas » par exemple furent longtemps chantées aux bambins pour les aider à s’endormir. Ces berceuses font désormais parties de l’histoire mais elles ont quand même perduré dans l’inconscient collectif pour arriver jusqu’à nos oreilles.

Bien évidemment la Corse possède encore un bon nombre de chants inhérents à certains particuliers. Tout d’abord le chant se veut généralement polyphonique, même s’il existe quelques exceptions. On retrouve par exemple la «paghjella». Prenant sa racine dans le mot « pagju », qui signifie paire, le chant se fait généralement à trois. Difficile de savoir ce qui à causé cette appellation finalement en port à faux mais passons. La nature du chant peut varier, celui-ci pouvait être tout autant à caractère religieux ou profane. De trois le groupe peut aussi doubler et accueillir six chanteurs, et pas de diapason ou de partitions à l’horizon mais uniquement la voix et le regard comme moyen de repère.

Ce chant est l’un des plus représentatifs de la Corse, notamment au travers de la posture des chanteurs. Pas étonnant de les voir ainsi la main levée vers l’oreille pour mieux écouter les autres chanteurs ou s’écouter soi même. A noter que depuis 2009 ce type de chant est sur la liste d’urgence du patrimoine immatériel de l’humanité, preuve en est que cet art ne laisse pas indifférent.

Au côté de la paghjella d’autres types de chants viennent se greffer au répertoire du pays, comme le chjam’e rispondi. Signifiant « appels et réponses » dans la langue de Molière, le chjam’e rispondi demande la participation de plus d’une personne, pour la bonne et simple raison que lesdites personnes doivent s’affronter dans une petite joute verbale. Pas de panique, on est loin d’un vulgaire échange d’insultes mais plus proche d’un jeu d’esprit où les participants doivent déployer des trésors d’imagination et de repartie. Deux individus se font en effet face et le premier lance alors une «attaque» de quatre vers, improvisé sur place. L’adversaire rebondit sur le dernier vers pour essayer de clouer le bec à l’instigateur de l’attaque. Bien évidemment si les deux orateurs ont du talent, cela peut durer longtemps, voir même très longtemps. Il n’est pas rare en effet de voir certains échanges se poursuivre toute la nuit. Quand aux sujets de départ, ils sont parfois liés à l’actualité ou à un quelconque domaine qui polarise l’attention. Il faut avant tout garder à l’esprit que l’échange se veut avant tout courtois et joyeux, et qu’à la fin de l’histoire on boit un verre entre camarades.

D’autres types de chants sont venus poser leur empreinte sur le patrimoine corse, comme la sirinata dont les jeunes gens usaient pour séduire leur douce ou dans les voceru qui étaient chantés par les femmes durant une cérémonie funèbre. On retrouve même des chants électoraux, à vocation plus satiriques ceux-là.

Même si comme on l’a dit plus tôt les chants corses tendent à disparaître, on s’imagine mal voir ces superbes déploiements de talents vocaux s’effacer du paysage de l’île tant ils semblent intimement liés à son patrimoine. Alors à défaut de participer à une chjam’e rispondi si un jour vous passez dans la région, prêtez donc une oreille attentive à ces chants qui viennent du corps et surtout du cœur !

David VEERASAWMY