Maurice : il était une fois une île

Histoire de l’Ile MauricePerdue au milieu de l’océan indien, Maurice a vu défiler pas mal de peuples qui ont, de près ou de loin, contribué à donner à l’île son brassage. Ce sont tout d’abord les Portugais qui y posèrent les pieds, officiellement du moins, vers le début du 16eme siècle. Au premier abord minime, l’impact des Portugais se fera surtout sentir au niveau des alentours. En effet, l’île Rodrigues, petite sœur de Maurice, doit son nom aux Portugais, tout comme l’archipel des Mascareignes, nommé d’après le capitaine Pedro de Mascarenhas. Jugeant l’île peu viable au niveau commercial, les Portugais ne s’y éterniseront pas, laissant cependant derrière eux quelques animaux.

Ce n’est qu’en 1638 que l’île voit débarquer ses premiers véritables colons. Quelques années auparavant, vers 1598, un navire hollandais se réfugia dans le sud-est de l’île, dans l’actuel Grand-Port, suite à un violent cyclone. Cherchant à réparer les dégâts, l’équipage restera quelques temps sur l’île et finira par la baptiser «Mauritius», en l’honneur du prince Maurice de Nassau. Un temps séduit par les possibilités qu’offrent l’île, notamment au niveau de sa végétation luxuriante, les hollandais tenteront de s’établir sur le long terme. Introduisant certaines espèces telles que le cerf de Java et la canne à sucre. Ils resteront sur l’île pendant plus de 70 ans. Leur passage ne sera hélas pas sans conséquences néfastes. En effet, une bonne partie des forêts d’Ébène de l’île seront rasées tandis que le fameux Dodo ira rejoindre le panthéon des animaux ayant disparu de la surface de la planète. Ils quittent définitivement l’île en 1710

Le pays connaîtra un répit de courte durée car les français arriveront quelques années plus tard, en 1715. Mauritius fait désormais place à l’Île de France. Cette dernière verra défiler quelques personnages importants comme Mahé de Labourdonnais en 1735. C’est grâce à ce dernier que l’ile connaîtra un véritable essor, notamment au niveau des infrastructures portuaires et des différentes plantations. Même aujourd’hui on peut encore se rendre compte de l’impact qu’il a eu sur le développement de Maurice : la ville de Mahébourg vient bien sur de «Mahé» tandis que le nom «Labourdonnais» a été repris dans divers secteurs du pays.

Du fait de son développement plus que vivace, l’île ne tardera pas à attirer la convoitise des britanniques. Après avoir petit à petit installé leur suprématie dans l’océan indien, les troupes de sa majesté débarqueront finalement en 1810, fort d’un bataillon de 10 000 hommes. Devant la nette supériorité militaire des anglais, les français sont forcés de capituler et après le traité de Paris en 1814, l’île passe d’île de France à Île Maurice, une fois de plus !

Statue de Vishnou à Grand BassinFaisant preuve d’une certaine mansuétude, les nouveaux possesseurs de l’île garantiront cependant aux colons français la libre utilisation de leur langue ainsi que leurs différents us et coutumes.

Sous l’ère britannique, le pays connaîtra un faste économique encore plus important qu’auparavant. La canne à sucre, bien que déjà cultivé à l’époque des français, allait devenir l’atout majeur pour les nouveaux possesseurs de l’île, avant d’être rejoint plus tard par le thé et le textile. L’île sera par la suite l’un des témoins de l’abolition de l’esclavage, à la grande consternation des planteurs qui se verront ainsi privés de leur main d’œuvre. Fort heureusement pour les anglais, la situation ne s’envenimera pas, en partie due à la confortable compensation financière qui sera versée aux planteurs. Quand à la quasi disparation des travailleurs noirs, la solution viendra de l’Inde d’où des ouvriers, les «coolies», viendront à leur tour se tuer à la tache dans les champs.

Par la suite, Maurice continuera son petit bonhomme de chemin, entre périodes sombres (épidémie de malaria et de choléra, économie en berne vers la fin du 19eme siècle) et développement de l’île, notamment par le prisme de la politique. En 1968, après avoir été sous tutelle anglaise pendant plus d’un siècle et demi, Maurice devient enfin indépendante.

Riche d’un passif ayant vu défilé nombre d’individus venant d’horizons divers et vivant désormais en bonne intelligence, le pays peut désormais se tourner vers l’avenir et à s’ouvrir au monde.

Photo : Claire SERVEL

David VEERASAWMY