Sointula : une île canadienne mais pas trop !

Mattii KurikkaSointula…Voici un nom qui ne risque pas d’interpeller beaucoup de personnes, pourtant l’histoire peu commune de ce petit village invite irrémédiablement à en savoir plus.

Situé sur l’île de Malcolm en Colombie britannique, la petite population de Sointula entretient un certain lien de parenté avec la Finlande. Quel rapport entre les deux me direz-vous ? Une petite explication s’impose.

Les Finlandais ont semble t’il toujours été attirés par l’Amérique du Nord. Dès 1835, plusieurs Finlandais s’établissent déjà en Alaska et certains descendent déjà jusqu’en Colombie Britannique, futur Sointula. La petite communauté elle même verra le jour en 1901, sous l’impulsion d’un réfugié politique, Mattii Kurikka. La particularité première de Sointula réside dans son postulat de départ, être une société à forte connotation utopique. Kurikka voit en effet dans sa petite communauté la chance de mettre en pratique ses convictions. Cet amateur de Tolstoï et fervent partisan du droits des femmes avait déjà tenté d’établir une petite association similaire dans le Queensland, en Australie mais le projet se cassa les dents, tant la vie sur place fut loin d’être idyllique. Ne baissant pas les bras, Kurikka repris du poil de la bête et fini enfin par réaliser son rêve au Canada. « Harmonie » alias Sointula était enfin née avec la bénédiction du gouvernement canadien qui leur avait alors cédé l’île.

La petite confrérie se développa petit à petit, créant par exemple le premier journal finnois qui ne tarda pas d’ailleurs à s’exporter en Finlande et en Australie, vantant les bienfaits de Sointula. La vie dans ces lieux se voulait ainsi calme et sans heurts, adoptant une politique résolument progressiste basée sur des idées communistes égalitaires où les femmes avaient le droit de vote et les mêmes salaires que les hommes par exemple.

Hélas, cette harmonie fut sévèrement secouée en 1903 lorsqu’un violent incendie frappa les lieux, tuant onze habitants et détruisant les registres de la ville. Pour ne pas arranger les choses, Kurikka causa la faillite des lieux alors qu’il voulu participer à la construction de deux ponts à Vancouver. Celui-ci quitta finalement la communauté en 1905, après qu’une affaire d’adultère ait entaché ses relations avec Austin Maleka, un ami de longue date.

Ce dernier prit finalement les rênes de Sointula, ce qui en définitive fut un mal pour un bien tant la gestion en dilettante de Kurikka était des plus néfastes sur la vie de la communauté. Les rares infrastructures du village feront très difficilement face à cette période sombre et le journal ainsi que leur scierie ne tarderont pas à mettre la clef sous la porte.

Qu’on se rassure l’histoire ne s’arrête pas et les habitants arrivèrent à sortir la tête hors de l’eau. C’est justement cette dernière qui viendra au secours des insulaires. N’ayant plus grand chose à perdre, ils se lancèrent de manière intensive dans la pêche. L’entreprise porta ses fruits et le saumon et autre flétan devinrent des piliers de l’économie locale. En parallèle à cette nouvelle activité, la « Sointula Co-operative Store Association » vit le jour en 1909, créant ainsi la plus vieille coopérative de Colombie Britannique qui aujourd’hui encore se porte toujours très bien !

SointulaSointula a aussi su accueillir le tourisme sans pour autant devenir un pôle d’attraction majeur. La quiétude des lieux constitue d’ailleurs l’un des charmes du village, idéal pour savourer un charmant coucher de soleil à des lieux d’une plage bondée.

Les marins en herbe y trouveront aussi leur bonheur, une marina accueille les bateaux de pêche mais aussi de plaisance et sachez que si vous avez un zéro pointé en manœuvre navale, les guides locaux se feront un plaisir de vous faire une petite guidée.

S’offrant comme une petite halte paisible dans un lieu au passé peu conventionnel, Sointula ne risque pas d’occuper les premières pages d’un dépliant touristique, ce qui n’est finalement pas un mal en soi. Alors si la perspective d’aller à la rencontre de cette petite communauté qui a encore farouchement gardé ses racines finnoises vous intéresse, hissez les voiles et direction ce lieu utopique du Canada qui est pour le coup bien réel !

Photos : Migration Institute

David VEERASAWMY