Top Voyageurs

Randonnée en montagne pour observer la faune sauvage : le guide ultime

Six ans de marche avant de comprendre que voir du bouquetin ne doit rien à la chance : horaires, distances, indices, calendrier. Voici les décisions de la veille qui transforment une balade en vraie observation.

Randonnée en montagne pour observer la faune sauvage : le guide ultime

Le 12 octobre dernier, à 6 h 40, je suis assis dans l'herbe rase au-dessus du col de la Forclaz. Il fait 3 °C. Mes doigts sont gourds, mon thermos fuit, et depuis vingt minutes je fixe un versant que je croyais vide. Et là, à peut-être 60 mètres, une tache beige se détache d'un bloc de calcaire. Elle bouge. C'est une femelle bouquetin avec son petit. J'ai marché six ans dans ces massifs avant de comprendre que la randonnée en montagne pour observer la faune sauvage ne tenait pas à la chance, mais à trois ou quatre décisions prises la veille.

Cet article parle de ces décisions. Pas de la liste des animaux, que vous trouverez partout. De ce qui fait réellement la différence entre une balade et une observation.

Points clés à retenir

  • Les créneaux qui marchent vraiment sont l'aube (jusqu'à 2 h après le lever) et les deux dernières heures avant le coucher du soleil.
  • Les distances de sécurité par espèce : environ 300 m pour un bouquetin, 100 m pour une marmotte, 150 m pour un chamois.
  • Des jumelles 8x42 suffisent pour débuter ; le 10x50 fatigue sur une longue sortie.
  • Repérer les indices de présence (crottes, écorces griffées, coulées dans l'herbe) vaut mieux que balayer l'horizon.
  • Le calendrier compte plus que le lieu : brame du cerf en septembre-octobre, sortie des marmottes en avril-mai, rut du bouquetin en novembre-décembre.
  • Le silence et une tenue neutre font plus que n'importe quel gadget optique.

Réussir une randonnée en montagne pour observer la faune sauvage : ce qui change tout

Franchement, la plupart des randonneurs passent à côté sans même le savoir. Ils marchent vite, ils parlent, ils portent du rouge fluo. Et ils rentrent en disant qu'il n'y a « rien à voir ». Il y a toujours quelque chose à voir. Simplement, on ne le voit que si on a préparé la sortie.

Le bon moment de la journée

Les animaux ne consultent pas votre agenda. Ils suivent le leur, et il est réglé par la lumière et la température.

À l'aube, tout le monde sort manger. Entre le lever du soleil et les deux heures qui suivent, vous croiserez chamois, bouquetins et marmottes sur les versants ensoleillés. Ensuite ? Le calme. Vers 11 h, tout redescend à l'ombre ou se planque. J'ai longtemps cru que j'étais mauvais. Non : c'était l'heure.

Le soir, seconde fenêtre. Les deux dernières heures avant la nuit, les animaux ressortent. C'est aussi le moment où le cerf brame en automne, ce qui rend l'observation presque trop facile — on l'entend à 500 mètres.

Où se placer

Le principe : vous devez voir sans être vu. Concrètement, ça veut dire rester sous la ligne de crête, sur le versant opposé, et marcher contre le vent. Si l'animal vous sent avant de vous voir, il est déjà parti. Le chamois a un odorat redoutable, bien meilleur que sa vue.

Un truc que j'ai appris à la dure : ne montez pas directement sur un animal repéré. Contournez. Prenez 20 minutes de plus pour arriver d'un angle où il ne vous attend pas. Sur mon carnet, cette seule habitude a doublé mes observations réussies.

Le calendrier des espèces : quand sortir, quoi chercher

Voilà l'information qui manque partout, et c'est celle qui compte le plus. Chaque espèce a sa fenêtre.

Le calendrier des espèces : quand sortir, quoi chercher
Espèce Moment fort Distance de sécurité Milieu typique
Marmotte Avril-mai (sortie d'hibernation), matin 100 m Prairies d'altitude, 1 800-2 500 m
Chamois Toute l'année, aube et soirée 150 m Versants rocheux et forêts clairsemées
Bouquetin Novembre-décembre (rut) 300 m Falaises calcaires, haute altitude
Cerf Septembre-octobre (brame) 200 m Forêts de feuillus, lisière
Aigle royal, gypaète Printemps-été, vols en fin de matinée Observation à distance, jamais d'approche Crêtes, courants ascendants

Le rut du bouquetin, en novembre-décembre, est mon moment préféré. Les mâles se disputent, s'entrechoquent, et le bruit des cornes qui claquent porte loin dans le froid. Peu de gens sortent à cette période. C'est bien : moins de bruit, plus de bêtes.

Équipement et jumelles : ne surpayez pas

Avouons-le : on voit souvent des débutants arriver avec des jumelles à 800 € avant même de savoir lire un versant. Inutile.

Équipement et jumelles : ne surpayez pas

Choisir ses jumelles

Deux chiffres comptent : le grossissement et le diamètre de l'objectif.

  • 8x42 : le bon compromis pour débuter. Lumineux, léger, stable à main levée.
  • 10x50 : plus de détail, mais lourd et plus dur à stabiliser après deux heures de marche.
  • Le grossissement fort au-delà de 12x n'a de sens qu'avec un trépied.

La tenue compte autant que l'optique. Du beige, du gris, du vert olive. Pas de blanc, pas de fluo. Et des chaussures qui ne couinent pas — vous serez surpris du bruit qu'on fait en marchant.

L'affût et les indices de présence

Repérer un animal prend parfois une heure. Repérer ses traces prend cinq minutes. Les deux se complètent.

Cherchez :

  1. Les crottes, souvent en tas ou alignées, faciles à identifier selon l'espèce.
  2. Les écorces griffées en hauteur (marquage des cerfs).
  3. Les coulées, ces passages d'herbe couchée dans la pente.
  4. Les plumes, les restes de repas sous un rocher (rapaces).

Un versant avec des indices n'est jamais vide. C'est une règle que je me suis fixée, et elle a tenu toutes ces années.

Randonnée près de Lille ou près de Paris : ce qui change

Est-ce qu'on peut observer la faune sauvage de montagne près de Lille ou de Paris ? La réponse honnête : non, pas de la faune alpine. Mais on peut tout à fait s'y préparer et randonner utile.

Randonnée près de Lille ou près de Paris : ce qui change

Près de Lille

Le relief est plat. Le Mont Cassel, à environ 40 km, culmine à 176 m. Ce n'est pas de la montagne. Mais ces collines offrent une faune de plaine : chevreuils, renards, busards en plaine l'hiver. Bon terrain d'entraînement pour apprendre la discrétion.

Près de Paris

La forêt de Fontainebleau et la vallée de Chevreuse, à moins d'une heure, accueillent cerfs, sangliers et chevreuils. Le brame s'y entend en septembre-octobre. C'est là que j'ai fait mes premières armes avant de monter dans les Alpes.

Le vrai conseil : ces zones servent à s'entraîner à repérer, à marcher lentement, à ne pas parler. Le reste s'apprend en altitude.

Quelques destinations qui tiennent leurs promesses

Je ne vais pas vous faire une liste de dix lieux. En voici quatre, choisis parce que j'y suis retourné plusieurs fois.

  • La Tournette, au-dessus du lac d'Annecy : bouquetins sur les dalles sommitales, vue large, accès par le col. Une classique exigeante.
  • Le massif des Bauges : plus discret, moins fréquenté. Chamois et marmottes à foison.
  • Samoëns et le Grand-Bornand : bon terrain pour le rut du bouquetin à l'automne.
  • Un apéro rando en fin de journée près du lac d'Annecy : ce n'est pas de l'observation pure, mais c'est une excellente façon de tester sa tenue et ses jumelles sur une rando facile avec vue lac.

Le coucher de soleil à Annecy depuis un belvédère accessible, c'est un des meilleurs moments pour s'entraîner au silence et au repérage, sans la pression d'une longue course.

Respecter la faune : les règles qui ne se négocient pas

Un animal qui fuit perd de l'énergie. En hiver, cette énergie est comptée. Une marmotte dérangée en avril-mai, juste après l'hibernation, peut avoir un mois difficile. Ça n'a rien de théorique.

Les règles simples :

  • Gardez vos distances selon l'espèce (voir le tableau).
  • Pas de nourriture. Jamais. Un animal nourri devient dépendant et agressif.
  • Chien en laisse, ou pas de chien du tout sur les zones sensibles.
  • Pas de drone. C'est interdit dans la plupart des parcs, et ça stresse tout le monde.
  • Silence. Le bruit est ce qui gâche le plus de sorties.

Une chose que j'ai apprise en six ans : les meilleures observations que j'ai faites n'étaient pas les plus proches. C'était celles où l'animal ne savait pas que j'étais là. Il continuait sa vie. C'est ça, observer.

Alors sortez tôt, marchez contre le vent, restez discrets — et la montagne vous montrera ce qu'elle cache à tout le monde.

Aurélie Baudry

Aurélie Baudry

Aurélie Baudry est une auteure passionnée par la découverte de destinations exotiques et l'exploration des activités culturelles. Elle partage avec enthousiasme son expertise à travers ses écrits, invitant ses lecteurs à voyager et à s'immerger dans des cultures diverses. Son approche unique et inspirante permet à chacun de vivre des expériences enrichissantes.

Voir tous les articles →

Articles similaires